Les premières traces de l'homme laissées dans les Montagnes datent du paléolithique récent (environ -11'000 av. J.-C.). Les archéologues ont retrouvé des silex et quelques ossements d'homo erectus aux environs de la grotte du Bichon. Plus tard les Romains vont s'installer dans le Val-de-Ruz et sur le Littoral. A cette époque, les Montagnes sont seulement traversées par quelques régiments romains car la fertilité des terres et le climat restent plus favorables dans le bas.

Silex retrouvé à proximité de la grotte du Bichon

 

 

Vous l'aurez compris, les Montagnes ne représentent guère d'intérêts durant des milliers et des milliers d'années à cause de la mauvaise qualité du sol et du climat peu favorable. C'est pourquoi il faut attendre le début du Moyen Age (1000 environ) pour apercevoir du changement. Pourquoi ? Car cette époque marque également la création du comté de Valagin et de ses premiers habitants, majoritairement paysans asservis. Leur rôle premier consistait à défricher les terres, c'est le défrichement. Un long et dur travail qui s'est étalé sur plusieurs centaines d'années. Mais attention, le haut ne se peuple pas tout de suite mais quelques siècles plus tard. La première raison de cette "migratation" est la population. Celle-ci, devenue trop nombreuse, a besoin de place et de nourriture en plus grande quantité. Deuxièmement, les Seigneurs, craignant la conquête des Montagnes par leurs voisins (Franche-Comté, Bourgogne) sous prétexte qu'elles sont inhabitées, poussent les paysans à coloniser le haut en échange de quelques droits supplémentaires (nous verrons cela plus tard). Le rôle des premiers colons dans les Montagnes a également été de défricher. Ils commencèrent en 1100 environs aux alentours du Locle et la plupart d'entre eux provenaient de Fontainemelon et du Val-de-Ruz. Mais attention, à cette époque, maisons et pâtures sont seulement utilisées à la belle saison. Les occupants passent donc le restant de l'année dans le bas.

 

Ancienne carte des Comtés

 

Ce n'est que 250 ans plus tard, aux environs de 1350, que l'on voit apparaître les premiers colons installés à demeure dans les Montagnes. Le Locle et la Sagne sont déjà de petits villages habités tandis que la Chaux-de-Fonds se voit colonisé par deux ou trois tenanciers seulement. Pourquoi ? Car le Locle et la Sagne sont tous deux dotés d'une chapelle ce qui nous fait penser que les nouveaux arrivants ont préféré de s'installer à proximité d'un centre religieux pour satisfaire leurs besoins ecclésiastiques. D'autres raisons telles que le relief et l'état marécageux du sol chaux-de-fonnier ne sont pas à exclure.

Les catégories sociales de cette époque sont divisées en deux groupe distincts : Les mainmortables et les affranchis. Les mainmortables correspondent aux serfs et les affranchis aux hommes « libres » qui peuvent disposer plus librement de leurs biens. L'argent est le seul moyen pour se faire affranchir (passer de serf à homme libre) et les conditions sociales se transmettent de père en fils. Notons qu'il existe des sous-classes d'affranchis : les bourgeois de Valangin par exemple ont une meilleure condition de vie que les francs-habergeants. Ces derniers ont été « encouragés » par les Seigneurs à peupler le haut en échange de leur « liberté ». Effectivement, la seigneurie a décrété un espace, le Clos de la Franchise, ou tous les habitants (déjà établis ou arrivant) bénéficient des mêmes droits « d'hommes libres ». L'intention est claire : Il faut peuplé les hautes vallées et tous les moyens sont bons. Notons que La Chaux-de-Fonds est exclue du clos de la Franchise sans doute à cause de son peuplement particulier et quelque peu flou.

 

Château de Valangin

 

L'origine du nom La Chaux-de-Fonds reste quelque peu vague à dire vrai. A l'origine, il désigne uniquement les alentours de la source de la Ronde (l'immeuble no 33 de la rue de la Ronde se trouve sur cette source). L'endroit va s'appeler par la suite « la Vieille Chaux ». Puis plus tard, les quartiers environnants de « la Vieille Chaux » formeront la commune de La Chaux-de-Fonds (la Chaz de fonz en ancien parlé). Nous verrons comment et pourquoi plus tard..

 

 

Au XV siècle, le défrichement du Clos de la Franchise touche à sa fin alors qu'il se poursuit plus activement à la Chaux-de-Fonds. Et vers la fin du siècle (1480-1500), on assiste à une véritable migration de francs-habergeants du clos de la franchise vers la Chaux-de-Fonds. Pourquoi ? Parce que là aussi l'espace et la nourriture manquent, la population du Clos de la Franchise augmente. Les paysans se voient obligés de défricher et de cultiver ailleurs, à la Chaux-de-Fonds. La "ville" se retrouve donc partagée en plusieurs groupes : Les Loclois, les Sagnards et les anciens colons qui vont très vite se faire dépasser en nombre. Les documents de l'époque nous indiquent que 45 tenanciers sont établis, en 1510, à la Chaux-de-Fonds. Multiplions ce nombre par quatre (vu que chaque père de famille a en générale une femme et deux enfants) pour trouver la population totale, c'est-à-dire 160 personnes. Précisons également qu'ils ne forment pas une communauté unie.

Les premiers pistolets

 

N'oublions pas que les habitants de La Chaux-de-Fonds sont encore des paysans en 1500. Ils cultivent des céréales, quelques légumes et surtout, élèvent du bétail. Les métiers sont principalement basés sur l'artisanat. C'est pourquoi les noms de : tissot (tisserands), courvoisiers (cordonniers), chapuis (charpentier) et favres (forgeron) ont laissé une marque dans nos noms de famille. Les repas sont généralement très simples mais suffisamment copieux pour garantir une bonne alimentation. Ils vivent dans de simples fermes, la plupart du temps sans fenêtres car le verre coûte cher. Vous l'aurez donc compris, les premiers Chaux-de-fonniers vivent simplement. Pratiquement tout est produit sur place; donc pas besoin d'établir un commerce complexe.

La justice et l'administration sont toutes deux gérées par les mairies du Comté. On trouve des tribunaux régionaux appelés plaids qui règlent les affaires juridiques. Le Locle, la Sagne, les Brenets et bien sûr Valangin disposent d'une mairie. Quant à la Chaux-de-Fonds, elle dépend de Valangin.

 

 

Pour permettre une émancipation de la ville et une qualité de vie plus agréable, La Chaux-de-Fonds ainsi que ses habitants réclament une église. Car malgré la simplicité de vie évoquée précédemment, les Chaux-de-fonniers se trouvent en grande partie isolés de la vie du Comté. Pas d'église, pas de mairie individuelle et aucun repère temporel (les cloches des églises donnaient à cette époque, des points de repère dans la journée). Quoi qu'il en soit, les habitants vont être exaucés en 1519, date à laquelle les travaux de l'église auraient débuté. On ne sait pas grand chose quant à sa construction et à son financement. Néanmoins, Guillemette de Vergy, femme de René de Challant Seigneur de Valangin et fervente catholique, a participé à la construction de la tour et du clocher : cela est une certitude; et un certain Vuillemin Vuilliomier a fait don d'une partie de son terrain afin que l'on puisse édifier le bâtiment. Pour le reste, les documents ne sont guère révélateurs. On suppose qu'elle s'est achevée trois ans plus tard en 1523.
Salle Guillemette de Vergy (Château de Valangin)

 

A cette époque, l'église représente un véritable centre social et culturel. Il est primordial pour René de Challant (qui a d'ailleurs une maison à La Chaux-de-Fonds) de mettre les choses au clair, car paradoxalement, quelques Sagnards et Loclois, trop attachés à leur propre commune ne veulent guère changer leurs habitudes religieuses en priant dans une église qui n'a aucun lien avec leurs origines. Ils préfèrent se confesser au Locle et à la Sagne. C'est pourquoi René de Challant fixe en 1550, les limites de la paroisse chaux-de-fonnière et par la même occasion les premières frontières complètes de la Chaux-de-Fonds.

 

 

 

 

La fin du XVIe siècle marque donc la fin du défrichement des Montagnes ainsi que la passations de pouvoir de Valangin au comté de Neuchâtel. Mais cet événement n'est guère important pour l'histoire des Montagnes à part le fait que les habitants ont plus de mal à se faire entendre vu que le territoire gouverné par Neuchâtel est désormais plus vaste et donc plus complexe à gérer.

 

Un village se crée progressivement au fil des années à La Chaux-de-Fonds, et ce autour de l'actuel hôtel de ville. Néanmoins les habitants commencent à se lasser de leur dépendance à la marie de Valangin. Malgré une certaine autonomie en matière religieuse, l'administration et la politique quant à elles, reste complexes. Les Francs-Habergeants chaux-de-fonniers ont le droit, contrairement au culte, de garder leur mairie d'origine (le Locle et la Sagne). Ils se retrouvent donc dans une situation incommode car les réunions des communautés, par exemple, se trouvent généralement juste après la messe… Mais de toute manière le village se forme lentement et une nouvelle communauté est en train de se créer ainsi qu'un commerce plus régulier. Effectivement, l'économie chaux-de-fonnière va de mieux en mieux, notamment grâce au carrefour des chemins du Locle, de la Maison-Monsieur, de l'évêché de Bâle et de Valangin qui se croise en son centre (l'hôtel de ville) et favorise ainsi les échanges.

 

Ancienne carte dessinée par Abraham Robert

 

Le XVIIe siècle est marqué par la « Guerre de Trente ans » qui oppose la plupart des pays européens sauf… La Suisse. Celle-ci demeure neutre dans le conflit et est donc épargnée par les armés des pays voisins. Cette guerre a été une bonne occasion pour la principauté de Neuchâtel de ramasser un bon petit tas d'or en échange de chevaux ou de services qu'elle a vendus aux armées.

Au début du XVIIe, les habitants de La Chaux-de-Fonds demandent plusieurs fois aux autorités neuchâteloises la création d'une nouvelle marie mais sans succès. Au contraire le Conseil d'Etat décide de partager le territoire établi par René de Challant en deux. Un bout de La Chaux-de-Fonds va à la Sagne tandis que l'autre revient au Locle. La situation n'est donc guère améliorée ! Ce n'est que un demi-siècle plus tard que les choses vont changer. Effectivement, après trois nouvelles requêtes adressées au gouverneur Jacques de Stavay-Mollondin, celui-ci étudie de plus prêt la proposition et suggère enfin au Duc Henri II de Longueville d'accepter la proposition de ses sujets. Et c'est en Normandie, à Rouen, que le Duc de Longueville signe l'acte d'érection de la mairie le 2 décembre 1656.

 

 

 

 

 

La commune de La Chaux-de-Fonds est née. C'est enfin l'occasion pour les citoyens de bénéficier d'un centre administratif et de justice pour eux, ainsi qu'un commerce indépendant. Précisons la diférence entre commune et mairie: cette dernière s'occupe de la justice et des petits délits tandis que l'autre administre les affaires publiques et surveille l'ordre établi. Le gouverneur Stavay-Mollondin choisi Abraham Robert au poste de maire et David Courvoisier en lieutenant (adjoint du maire). Les premières années de la nouvelle mairie se passent relativement paisiblement. Henri II, de passage à Neuchâtel, vient rendre visite aux Chaux-de-fonniers, accompagné bien évidemment d'une centaine d'hommes de sa suite. Il est accueilli en héros par la « foule » et il passe la nuit sur place. Ce siècle marque également l'arrivée de l'horlogerie à Neuchâtel, puis dans les Montagnes. A cette date, seule Génève est dotée d'une véritable industrie horlogère en Suisse. Mais les Chaux-de-fonniers, habiles de par leurs métiers d'artisans, vont très vite adopter les techniques de l'horlogerie. Notons aussi la naissance d'une école à la fin du siècle.

En 1707, Marie de Nemours meurt, finissant ainsi la dynastie des Orléans-Longueville. Neuchâtel est alors privé de souverain et doit s'en trouver un nouveau. Deux concurrents seulement ont vraiment une chance:- le roi de Prusse Frédéric 1er et le prince de Conti (soutenu par la France qui aimerait faire main basse sur le pays). Des " agents" envoyés par Frédéric 1er , avec le soutient de Berne , font tout pour que le roi de Prusse triomphe. (Ils offrent maints cadeaux et argent à toutes les personnes importantes). Le 3 novembre 1707, le Tribunal des trois états de Neuchâtel finit par choisir Frédéric 1er. Trois raisons principales ont décidé de leur choix:

Frédéric 1er est de religion protestante.

La puissance de la Prusse promet une bonne protection.

La grande distance qui séparent Neuchâtel de la Prusse.

 

 

Marie de Nemours

 

En 1712 , la seconde guerre de Villmergen est déclarée. Neuchâtel apporte son aide aux Bernois contre les confédérés catholiques en envoyant un contingent militaire (La Chaux-de-Fonds apporte son aide en envoyant 60 des siens). En 1748 , le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume 1er, modifie le système de perception des impôts de manière à augmenter son revenu. Il s'ensuit des mécontentements et des désordres qui dureront environ 20 ans. En 1762, Jean-Jacques Rousseau séjourne à Môtiers. Mais ses écrits finissent par lui valoir l'hostilité de la Vénérable classe des pasteurs et d'une partie de la population. Il quitte le pays en 1765 .

A la fin du XVIII ème siècle, les montagnards Neuchâtelois commencent à avoir des idées libérales. Ces idées ont pour origine:

L'inégalité sociale et politique.

Le fait que le pouvoir est tenu entre les mains des grandes familles, principalement bourgeoises.

Les rencontres politiques des artisans.

la lecture des écrits de Rousseau, de Voltaire et d'autres philosophes

L'installation d'horlogers genevois partisans des idées libérales.

La proximitée de la France où vient d'éclater la révolution en 1789.

 

 

 

 

 

 

 

La déclaration des droits de l'homme ainsi que la révolution française provoquent l'entousiasme dans la populace montagnarde du canton. Celle-ci ne peut ignorer le fait que, de l'autre côté du Doubs, la noblesse et le clergé ne profitent plus de leurs privilèges, alors qu'en pays de Neuchâtel le pouvoir est toujours sous la coupelle des nobles et du clergé. Le gouvernement interdit la lecture des journaux ou des livres parlant de politique étrangère dès 1790. Malgré cette censure, la population continue à discuter et l'agitation s'accroît, surtout au Locle et à La Chaux-de-Fonds. Bientôt, deux partis se forment: d'un côté les patriotes (favorables au changement) et, de l'autre, les organistes (favorables au ''joug'' de l'empire de Prusse). Rapidement les deux partis en viennent aux injures puis aux coups. Pendent le mois de décembre 1792, les patriotes commencent à étaler leurs convictions, ensuite ils plantent un ''arbre de la liberté'' sur la place des Victoires, et ainsi de suite, jusque au jour où plus de mille citoyens des montagnes s'en vont à Morteau pour la fête de l'enterrement de la royauté. Pendant la même période, les patriotes tiennent à leur tour une réunion, qui, elle, n'a rien de révolutionnaire.

Jusqu'au début de l'année 1793, le gouvernement n'était intervenu que mollement face à l'agitation des montagnards (peut-être par peur de représailles de la France). Mais, par la décapitation du roi, la France se rend largement impopulaire. Le gouvernement neuchâtelois profite immédiatement de cette baisse de popularité du ''parti'' patriotes pour lancer une ''vague''de répression. Pour calmer le ''jeu'', les patriotes de La Chaux-de-Fonds abattent leur ''arbre de la liberté'', puis changent le nom de leur ''Société patriotique'' en une banale et innocente ''Société de lecture''. De plus beaucoup signent un document où il est stipulé qu'ils ont fait fausse route et ils proclament leur attachement au roi de Prusse. Malgré cela, le gouvernement expulse les non-communiers qui ont pris part aux manifestations. Face à ces ''agressions'', des patriotes dont la plupart sont des Loclois, quittent le pays et vont fonder une industrie horlogère à Besançon , avec l'appui de la France. Mais leurs affaires sont loin d'être brillantes et une bonne partie des émmigrés reviennent après quelques années. Bref, durant cette période les patriotes perdent beaucoup de terrain.

 

Casque des soldats prussiens

 

Dans la nuit du 4 au 5 mai 1794, après minuit, un immense incendie détruit le centre du village. A l'origine, un feu qui se déclare dans la cheminée en bois d'une cuisine dont le plancher est aussi en bois. Malheureusement, une caisse de poudre à canon est entreposée dans la pièce voisine, et un tonneau d'huile est dans la cuisine. La poudre explose, l'huile attise le feu qui bientôt envoie des débris enflammés sur d'autres maisons qui prennent feu à leur tour. En bref, pas de mort mais plus de 700.000 milles écus de dégâts, entre autre 175 ménages se retrouvent à la rue, mais heureusement les autres citoyens se montrent solidaires.

En 1812, Napoléon essuie son premier échec à la campagne de Russie. Les Autrichiens arrivent en pays de Neuchâtel en décembre 1813. Traitant le pays comme conquis, les Autrichiens obligent chaque ville et village à avoir un contingent de soldats. La population et les autorités doivent subvenir aux besoins des occupants. Les soldats autrichiens sont malheureusement sales, ce qui véhicule beaucoups de maladies.

 

 

 

En janvier 1814, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III reprend possession du pays de Neuchâtel, au grand soulagement de la population. Le gouvernement neuchâtelois n'a pas hésité à demander la protection d'un roi qui pourtant, 8 ans plus tôt les avait livrés au roi de France. Le 14 juillet, Neuchâtel reçoit pour la première fois la visite d'un roi de la maison de Prusse. La même année, le gouvernement demande l'entrée du pays dans la confédération qui accepte le 12 septembre. Neuchâtel se retrouve donc dans une situation extrêment particulière, à la fois canton suisse et principauté sous le contrôle de la Prusse.

Sous la pression populaire, le gouvernement ''lâche les rennes''. Les journaux clâment à nouveau des idées libéralistes, et le 30 juin, neuf députés sont élus pour former un Corps législatif remplaçant les anciennes Audiences générales. Le 13 septembre 1831, une petite colonne de quelques centaines d'hommes prend possession du château de Neuchâtel, mais ils doivent rapidement se rendre aux royalistes. Le 21 décembre, le général Pfuel vient occuper La Chaux-de-Fonds avec 2500 hommes, il fait arrêter plusieurs patriotes. Ceux qui échappent partent en exil ou sont bannis. Le gouvernement fait payer à La Chaux-de-Fonds l'entretien qu'ont coûté les deux jours de stationnement de l'armée.

 

 

 

 

 

Malgré les sanctions qui bloquent le mouvement libéral, l'idéal républicain est toujours bien présent dans les Montagnes. Les patriotes n'attendent que des circonstances favorables pour agir. En janvier 1832, les conservateurs sont tellement triomphants que la bourgeoisie de Valangin demande au général Pfuel de demander au roi de faire sortir Neuchâtel de la confédération. Cependant, la Diète refuse, ainsi qu'une seconde fois en 1833. A partir de là, tout ce qui peut rappeler la Suisse est interdit. En dépit de tout cela, La Chaux-de-Fonds devient un véritable bastion républicain.

 

 

Après la brève révolution qui survient à Paris chassant le roi Louis-Philippe et proclament la seconde République, l'agitation commence à régner parmi les républicains. Les patriotes savent maintenant qu'ils sont soutenus par la Suisse et la France. Le 29 février 1848 est décisif. Les comités du Locle et de La Chaux-de-Fonds se voient contraints de quitter leurs postes et d'abandonner le pouvoir local aux patriotes. La nuit du 1er mars voit se réunir une force armée principalement composée de Chaux-de-foniers et de Loclois descendre sur Neuchâtel où ils prennent le château sans verser une seule goutte de sang. Voilà comment s'est déroulé la révolution non violente de Neuchâtel.

L'emblême de la Prusse

 

Le nouveau régime ayant la faveur du peuple réussit en un temps record à réorganiser le pays, malgré quelques heurts avec les nobles, les pasteurs et les tenants de l'ancien régime. En 1848, les Eplatures passent dans ledistrict administratif et judiciaire de la Chaux-de-Fonds. Le 6 juillet 1852, les royalistes décident de montrer leurs forces en réunissant 2500 hommes à Valangin. Mais le même jour, une manifestation républicaine comptant trois fois plus d'hommes se tient près de Boudevilliers. A la suite de cet événement, le 30 juillet, le Grand Conseil vote la dissolution de la bourgeoisie de Valangin.

La Suisse reste neutre pendant la Première Guerre mondiale qui déchire l'Europe et elle n'aura guère à souffrir des hostilités proprement dites. Un seul événement mineur est à signaler pour La Chaux-de-Fonds : le 17 octobre 1915, un avion allemand lâche plusieurs bombes sur le territoire de la commune. Elles ne font heureusement que des blessés légers et des dégâts peu importants.

 

 

 

 

La Chaux-de-Fonds traverse une des crises économiques les plus graves de son existence de 1920 à 1923, atteignant son paroxysme durant l'hiver 1921-1922. Le 31 décembre, on dénombre dans la commune 4644 ouvriers et ouvrières chômant totalement, 1835 chômant partiellement et 250 chômeurs totaux non secourus. De tels nombres ne seront plus jamais atteints par la suite !

 

La grande Fontaine en 1900

 

Le 12 juin 1926, un ouragan s'abat sur Pouillerel où il rase une forêt au nord-est du sommet. Puis il continue sa route dévastatrice vers les Carrières Jacki, Belle Maison et les Bulles, couchant des forêts, détruisant cinq fermes et en endommageant une vingtaine d'autres. Neuf personnes sont blessées, plus ou moins gravement. Parmi elles, un enfant qui succombera à ses blessures. Le cyclone ne s'arrête pas à la frontière de la commune de La Chaux-de-Fonds ; il va semer la terreur jusqu'aux Breuleux.

 

 

 

 

Il y aura en permanence pendant dix ans (1930-1940) un nombre de chômeurs compris entre 1000 et 3400. Quand à l'émigration, elle fait perdre 5000 habitants à la commune durant ce même laps de temps. A la fin de l'année 1929, les cours de la bourse de New York sont affectés par une baisse sensationnelle .Vite propagée dans le monde entier, c'est en novembre que la crise s'abat sur l'industrie horlogère qui est comme d'habitude l'une des premières touchées. Le montant des exportations de l'industrie horlogère suisse qui était de 307 millions en 1929 s'abaisse jusqu'à 86 millions en 1932, l'année la plus mauvaise (l'horlogerie neuchâteloise fournit plus de la moitié de la production suisse exportée).

Le premier septembre 1939, Hitler attaque la Pologne et déclenche ainsi la Seconde Guerre mondiale. En 1940, le danger se fait de plus en plus pressant pour la Suisse. Le 10 mai, les troupes allemandes pénètrent aux Pays-Bas, en Belgique et au Luxembourg. Elles sont en France quelques jours plus tard et atteignent Pontarlier le 17 juin. L'Italie est entrée en guerre le 10 juin, achevant ainsi l'encerclement de la Suisse par les armées d'une même alliance. Du 17 au 24 juin, des dizaines de milliers de soldats français et polonais entrent en Suisse par le canton de Neuchâtel et par le Jura bernois en vue d'y être internés, comme l'armée de Bourbaki en 1871. Une partie d'entre eux arrive par la route de Biaufond et sont logés provisoirement à La Chaux-de-Fonds.

 

 

La place du marché

 

Les trente années qui suivent la guerre sont l'une des périodes les plus fastes que La Chaux-de-Fonds ait connues. Il n'y aura à déplorer que deux brèves phases de ralentissement des affaires (1949-1950 et 1958-1959). Signe indiscutable de prospérité, la population s'accroît de 11000 âmes entre 1945 et 1967. L'essor est particulièrement marqué aux alentours de 1960. Entre 1956 et 1966, le nombre des personnes employées dans l'horlogerie double !

Après tant d'années de prospérité, on ne se souvient plus guère de la terrible crise des années trente. Même si personne ne s'attend à un retour de ce genre de catastrophe économique, l'année 1975 marque le début d'une période de crise. En une année (1975), La Chaux-de-Fonds perd 1200 habitants et 2200 postes de travail, presque tous dans l'horlogerie. La situation s'améliore légèrement à partir de1977 sans qu'on puisse parler de reprise, puisque la population continue à diminuer. Ce qui inquiète le plus, c'est le très bas niveau des salaires (La Chaux-de-Fonds occupe maintenant un des derniers rangs parmi les villes suisses) et le fait que les entreprises horlogères du pays se soient mises à ouvrir des fabriques à l'étranger afin d'y produire à meilleur compte ce qu'elles fabriquaient autrefois sur place. La situation n'est pas encore catastrophique, mais il vaut mieux actionner le signal d'alarme assez tôt. Dans un tout autre ordre d'idée, il vaut la peine de signaler la naissance du canton du Jura qui est notre voisin depuis 1978. La commune de La Chaux-de-Fonds possède avec lui à Biaufond une frontière commune longue de quelques 250 mètres.

 

Les intemporelles tentes du marché

 

Et c'est ainsi que La Chaux-de-Fonds, plus haute ville d'Europe, siège du monde horloger, berceau de la précision, s'est construiteau cours de siècles et d'années durant lesquelles se sont succédé grands médecins, écrivains, architectes, physiciens ou plus simplement des hommes, abandonnés dans les vastes pâturages des Montagnes qui rêvaient de gloire et d'honneur et qui, avec leur volonté et leur savoir, ont honoré le nom de La Chaux-de-Fonds qui aujourd'hui encore resteun modèle de perfection et d'achèvement réussi.

 

 

Travail réalisé en 2004 par

Fabien Pierrehumbert

Ackley Litsios &

Helder Soares

 

 

 

 

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