La Réformation

Avec notre regard du 20ème siècle posé sur le passé, nous pourrions penser que la Réformation n'a été qu'une discussion dogmatique touchant le domaine religieux. Tel n'était pas le cas :

La théologie était la référence de base sur laquelle s'articulait tout le fonctionnemen de la société. De plus, l'Église était directement impliquée dans le pouvoir politique. L'homme moderne doit comprendre que la Réforme du XVIème siècle n'a pas touché exclusivement des questions de convictions religieuse mais a consisté en un profond changement de société, là où elle s'est réalisée.


Guillaume FAREL, né en 1489 dans le Dauphiné, totalement gagné par l'esprit de la Réforme luthérienne, va mener une véritable croisade. Sa volonté de répandre la nouvelle religion va le conduire dans le midi de la France, à Paris, à Bâle et en Suisse romande. Sa prédication est virulente ; il ne mâche pas ses mots et dénonce sans détours le catholicisme de son temps. Soutenu par Berne, déjà gagnée à la Réforme Farel connait de grands succès en Suisse Romande. Il entreprend la conquête du pays de Neuchâtel en décembre 1529. Nul ne reste indifférent devant la fougue et la verve de Farel. Il use d'une telle violence de langage que même ses défenseurs l'enjoignent à se modérer. Une anecdote tirée du recueil distribul aux foyers réformés du canton à l'occasion du 400ème anniversaire de la Réformation au Pays de Neuchâtel nous permettra de mieux saisir le profil de ce réfomateur :

"Le 15 août, jour de l'Assomption de la vierge Marie, il s'en alla au Val-de-Ruz avec son clerc Antoine Froment, originaire du Dauphiné (...). Farel parla dans la matinée à Cernier, puis ayant dîné en compagnie de Pierre Pury, bourgeois de Neuchâtel qui avait assisté au sermon, tous trois reprirent le chemin de la ville où le réformateur devait prêcher le même jour encore. Comme ils passaient à Valangin, près de l'église, voici qu'ils rencontrèrent six ou septs prêtres qui, ayant sans doute reconnu le réformateur ou soupçonné son identité, entreprirent de se disputer avec lui. Ce fut un échange très vif d'arguments et de citations, de latin et de français. (...) La discussion s'acheva en échauffourrée.

Les trois réformés s'en allaient ; ils venaient de passer le pont lorsqu'ils constatèrent qu'ils étaient suivis, tandis que des fenêtres du château, des voix féminines les harcelaient d'injures communes à l'époque : "Juifs, Sarasins, hérétiques, etc...!" Pierre Pury fit presser le pas à Farel qui prit les devants, mais cela n'empêcha pas les poursuivants de les atteindre. (...) Farel fut frappé, tiré par les cheveux, bousculé. Des femmes dont une dame d'honneur de Guillemette et sa fille s'acharnèrent sur le prédicant avec un bâton et une tige de fer, cependant que Pury réussissait à lui épargner et à éviter lui-même un coup d'épée qui aurait pu lui être fatal. Puis survint un certain Cordier, chanoine de Valangin, qui culbuta le réformateur, sur lequel tous à l'envi cognèrent. (...) Alors ils le traînèrent jusque devant une chapelle qui se trouvait au pied du château et ils le firent d'agenouiller en lui diasnt : "Adore ton Dieu qui est dans cette chapelle et dis-lui qu'il te sauve. Crie pardon à Notre Dame !" et ils heurtaient sa tête contre le mur. Mais Farel répondait invariablement "qu'il voulait adorer JésusChrist, le Sauveur du monde, en demandant justice".


Après bien des prédications, des disputes, la Réforme fut votée à Neuchâtel le 4 novembre 1530 par 18 voix de majorité. Eu égard à cette faible majorité, il est aisé d'imaginer que la Réforme ne s'installa pas du jour au lendemain sans autres tensions. Jean DROZ, curé de Corcelle, Coffrane, Les Geneveys-sur-Coffrane et Montmollin s'était rallié à la Réforme de 1530. Coffrane eu donc en sa personne, son premier pasteur.

Mais ce changement ne passa pas comme une lettre à la poste, car les paroissiens de Coffrane, Les Geneveys-sur-Coffrane et Montmollin étaient restés très attachés à l'ancien culte. Hostiles donc à cette nouvelle doctrine et déplorant que la messe ne fût plus célébrée en leur chapelle, les habitans de Coffrane se tournèrent vers Guillemette de Vergy, châtelaine de Valangin, pour qu'on leur rende un curé. Guillemette, profondément catholique, a vivement appuyé cette demande de 1532 mais en vain. Coffrane finira donc par se rallier totalement à la Réforme.


Dernière modification : 22.03.2000 17:11, G.Vuille