Le handicap visuel


 

 

 

 

Et si la différence ne rencontrait pas l’indifférence !

« La différence, c’est ce que nous n’avons pas et que l’autre peut nous apporter. »

Pourquoi tant de fuite, pourquoi tant de rejet, pourquoi tant de gêne face aux personnes différentes ?

Ce sont ces quelques questions qui nous ont poussé à nous lancer dans une expérience originale sur le thème des handicapés de la vue.

Avec une classe de 3ème - 4ème primaire (9-10 ans), nous avons cheminé sur les pas des malvoyants en découvrant leurs sentiments, leurs difficultés, leurs problèmes…

Voici le compte rendu d’une expérience enrichissante et source de nombreux apprentissages :

Pour imaginer clairement ce qu’être malvoyant signifie, la méthode la plus efficace est de fermer les yeux. C’est ainsi que nous avons commencé notre aventure. Avec un bandeau sur les yeux, nous sommes entrés dans la classe et nous avons tenté de regagner nos places, tant bien que mal.

«C’est dur parce qu’on voit rien. Je me suis même cogné la tête».
«J’ai dû utiliser mes mains pour retrouver ma place, car je ne savais plus où j’étais».
«Je ne voyais plus les autres, alors j’avais un peu peur».


A peine remis de nos émotions, nous avons alors essayé quelques jeux et activités adaptés aux malvoyants et qui demandent l’utilisation des autres sens ainsi que d’une bonne mémoire et une grande concentration.

L’odorat :

Il s’agissait de reconnaître différentes odeurs.

«Quand je ferme les yeux, j’ai l’impression que ça sent plus fort »

L’ouïe :

Nous avons travaillé la concentration et l’attention en roulant et en rattrapant un ballon sonore. Puis nous avons fait des dictées musicales en maths (reproduire un chemin sur un quadrillage selon les sons qu’on entend).

«C’est dur de distinguer les sons, ils se ressemblent tous, c’est comme les voix qu’on n’a pas l’habitude d’entendre. Et les malvoyants doivent souvent reconnaître les gens à la voix».

Le toucher :

Nous avons joué au domino ainsi qu’au jeu des familles avec les yeux bandés. Les pièces et les cartes en relief nous ont permis de prendre des repères.

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«Si j’étais aveugle, je ne jouerais pas, on doit trop réfléchir. C’est vraiment pas drôle d’être aveugle».

Le Braille :

Nous avons lu une histoire en Braille avec des images en relief et nous avons également écrit de courts textes à l’aide de plaquettes et de poinçons.

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«Les aveugles écrivent comme les Arabes : à l’envers. C’est rigolo, mais ça prend du temps. Heureusement, les handicapés ont l’habitude d’écrire comme ça et ils vont vite eux»

L’orientation :

Nous avons pu nous promener avec des lunettes simulant différents problèmes de vue, ainsi qu’avec une canne longue.

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«Certaines personnes ne voient que du brouillard. La vie doit être triste tout en gris».

Ces quelques ateliers nous ont permis non seulement de nous sensibiliser à la différence, mais aussi de nous faire travailler la lecture, l’écriture, la musique, les maths, l’espace, etc.

Suite à cette sensibilisation, nous avons rencontré un aveugle et son chien. Nous avons appris à nous comporter de manière adéquate face à une personne différente et à la respecter. Nous lui avons posé des questions et il nous a expliqué comment un chien devient chien-guide.

«J’ai appris qu’il faut aimer les gens comme ils sont et ne pas les rejeter».
«Quand on est aveugle, on se sent seul».

Maintenant, nous ne nous moquerons plus des handicapés, mais nous les aiderons parce que nous savons qu’ils sont en fait comme nous et qu’un jour ça pourrait aussi nous arriver !


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Le chien d’aveugle, un compagnon formidable...

En Suisse, il y a deux écoles qui forment les chiens pour personnes handicapées de la vue. L’une est à Bâle et l’autre à Moudon dans le canton de Vaud.

Les chiots naissent dans ces écoles. Dès l’âge de 3-4 mois, ils sont confiés à des familles de parrainage qui sont chargées de leur apprendre tout ce que doit savoir un jeune chien (propreté, obéissance, compagnie, etc...). De plus, elles doivent habituer le chiot à supporter toute sorte de bruits de la vie courante : train, voiture, foule, pétard, sirène, etc…

Cette formation de base se prolonge jusqu’à l’âge de 12-14 mois. Ensuite le chien retourne à l’école où il est né. Un dur travail l’y attend. A raison de trois heures par jour, le chien va apprendre un langage spécialement adapté à sa future fonction et faire des exercices pratiques.

Le langage :

Le chien doit apprendre un vocabulaire de base de 32 mots environ. Il doit pouvoir comprendre les ordres qu’on lui donne. Le langage utilisé s’apparente un peu à l’italien.

Exemples :

« piedem » signifie « au pied » ;
« ferma » signifie « debout pour mettre le harnai » ;
« zebra » signifie « passage pour piétons » ;
« passare » signifie « traverser la route » ;
« entra » signifie « entrer » ;

Le chien reste à l’école durant 8 à 10 mois pour parfaire sa formation. Ensuite, il peut être placé chez une personne handicapée.

Pendant 15 jours, le chien fait librement connaissance avec celui ou celle qui deviendra son nouveau maître.

Pendant les 15 jours suivants, un moniteur accompagne le couple « maître-chien ». Le but est de montrer au chien et de lui faire apprendre tous les parcours qu’il devra faire en compagnie de son maître (aller faire les courses, aller à la gare etc…)

Trois mois passent et c’est le moment de l’examen : il faut savoir si le couple « maître-chien » fonctionne bien : il doit faire un parcours dans les environs de leur domicile sous le regard expert de plusieurs moniteurs.

Lorsque l’examen est réussi, le chien reste définitivement avec son maître. Le maître peut alors lui apprendre encore entre 20 et 30 mots spécifiques. Mais le travail ne s’arrête pas là : tous les deux ans, le couple « maître-chien » doit se rendre 4 jours à Bâle pour un cours de « remise à niveau » .

Un chien peut accompagner une personne handicapée une dizaine d’années environ et le coût de sa formation est de 40.000 frs environ.

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Quelques anecdotes:

  • Un chien revient toujours à son point de départ : vous pouvez le déposer dans un endroit inconnu, faire une grande promenade et lui donner l’ordre de rentrer, il reviendra à l’endroit précis d’où il est parti.
  • Un chien marche toujours du côté gauche de la route s’il n’y a pas de trottoir : il se met ainsi le plus loin possible des voitures. Comme son maître le tient toujours de la main gauche, c’est ce dernier qui se trouve le plus près du danger !
  • Le chien peut se rappeler d’un parcours d’une année à l’autre : lors d’un voyage à l’étranger, le chien apprend un nouveau parcours. Une année plus tard et dans le même contexte, il est capable de le refaire exactement.
  • Dans le couple « maître-chien », c’est le chien qui commande : s’il n’a pas envie ou s’il sent un danger, il s’arrête, se couche et ne veut plus bouger.
  • Pour traverser une rue en ville, le chien ne se soucie pas des feux de signalisation: il traverse sur les passages pour piétons quand il n’y a pas de voitures mais il ne sait pas si le feu est vert ou bien rouge !

En Suisse, il y a environ 10.000 personnes handicapées de la vue mais seulement 300 chiens en activité.

Pourquoi un si petit nombre malgré les avantages qu’ils procurent ?

Le problème rencontré par beaucoup de personnes handicapées est de faire totalement confiance à l’animal. De plus, il faut absolument le faire travailler régulièrement et lui donner l’occasion d’apprendre de nouveaux parcours. Pour cela, il faut le sortir 2 à 3 heures par jour, tous les jours et par n’importe quel temps !


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Pour en savoir plus...

Travail conduit par Mlle Caroline Schläppy, étudiante à l'Ecole normale de Neuchâtel.

Voilà, je suis en dernière année à l’école normale et j’ai monté cette expérience dans le but de sensibiliser les enfants et leurs familles aux problèmes et aux difficultés que rencontrent les handicapés dans notre société.
J’en ai eu assez du rejet, du mépris, de l’ignorance et de la solitude alors j’ai décidé d’agir concrètement.
Au début, je ne pensais pas que ce projet prendrait une telle ampleur, puis la Fédération Suisse des Aveugles m’a accordé son soutien et de nombreux enseignants m’ont contactée pour bénéficier de cette sensibilisation dans leurs classes.

A l’heure actuelle, je me suis déjà déplacée dans plus de la moitié du canton de Neuchâtel et je continue selon la demande.
C’est extraordinaire de voir à quel point les élèves sont sensibles à la différence et sont maintenant prêts à mettre tout en œuvre pour aider leur prochain. J’ai vu beaucoup de changements, surtout dans les comportements.

 
Par exemple, un enfant qui était plutôt agressif s’est adouci suite à cette aventure.

Si vous désirez de plus amples informations, si vous avez des questions ou si vous aimeriez partager votre propre expérience, je reste volontiers à votre disposition à l’adresse suivante :   Jemesi@hotmail.com


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