Ecole de Coffrane

L’informatique est une bulle de plaisir ouverte sur le monde et à tout le monde

 

Coffrane est un village de six cents habitants du canton de Neuchâtel. Son école est pilote dans l’usage des nouvelles technologies. Tournée vers l’avenir, elle est une esquisse de ce que pourrait être l’école de demain (complément).

 

Trois personnes passionnées d'éducation et de nouvelles technologies sont à l'origine du concept: un couple d'enseignants Corinne et Claude-Alain Rudolf et un économiste, Jean-Philippe Rudolf. Leur idée : développer un cybercollège ouvert à toutes celles et tous ceux qui ont envie de pratiquer l’informatique. Ils ont fondé EMAI-Concept, un Espace Multimédi@ d'Apprentissages Interactifs. Cette belle réalisation a vu le jour grâce à un partenariat du secteur public et privé. Depuis novembre 1999, l'école fait partie du projet européen ENIS (European network of innovatives schools).

Parole aux élèves: à quoi sert Internet ?

Interview de Claude-Alain Rudolf


Pourquoi vous êtes-vous lancé dans cette aventure et quels ont été les chemins de votre réflexion?

Tout d'abord, nous avons la conviction que les nouvelles technologies vont bouleverser le monde de l'école. Cette dernière ne pourra pas demeurer en marge d'autant que l'informatique et l'usage d'Internet proposent une autre manière d'apprendre et d'accéder au savoir. Il y a là une incroyable richesse. Il va falloir apprendre à se repérer, à trier, à sélectionner, à développer son esprit critique, à vérifier les sources. Nous avons commencé à réfléchir à notre concept en 1996. Nous avions lu alors un dossier de l'IRDP "Informatique scolaire : 10 ans d'expérience", paru en mars de cette même année. Un tableau y recensait les principales difficultés relevées par les enseignants. En tête : manque de temps, trop grand nombre d'élèves, nombre insuffisant d'ordinateurs. Nous avons donc décidé de développer un projet qui évite ces écueils.

Quels usages pédagogiques faites-vous de votre salle d'informatique?

Ils sont multiples. Nous avons crée, par exemple, un site Internet régulièrement alimenté par les élèves. Ce travail favorise les échanges avec les habitants du village et les enfants découvrent, peu à peu, certains aspects de l'histoire de la région. A deux pas de l'école, un atelier de mécanique a été installé dans une ancienne forge. Tous les instruments du forgeron sont restés en place. Le maréchal ferrant, qui a aujourd'hui quatre-vingt ans, est venu tout exprès y ferrer des chevaux pour les enfants du collège. Ceux-ci en ont fait un reportage. Ils ont ainsi exercé diverses disciplines : français, histoire, connaissance de l'environnement, arts visuels sans compter l'informatique évidemment.

L'ordinateur a-t-il une influence sur les pédagogies et sur le rôle de l'enseignant ou de l'enseignante?

Oui, il change les manières de faire car il s'inscrit dans les pratiques socio-constructivistes. Les enfants deviennent les véritables acteurs de leurs apprentissages. Le rôle de l'enseignant change radicalement; il oriente plus qu'il n'enseigne.

Comment faites-vous pour favoriser les apprentissages et enrayer certains blocages?

J'ai fabriqué des supports qu'il suffit de suivre, comme on le fait pour une recette de cuisine. Il faut rendre l'informatique aussi accessible que la cuisine de Betty Bossi. Les enfants de troisième année s'en sortent seuls et très bien.

Comment les autres enseignants et enseignantes du collège perçoivent-ils votre concept? Se sentent-ils concernés?

Oui. Nous avons fait un projet d'établissement et mis en place une organisation tournante. Des ateliers sont ouverts pour les enfants de tous les degrés : de l'école enfantine à la cinquième classe. Les âges se mélangent et les enseignants et enseignantes aussi. Ce système favorise la collaboration et la cohésion. Personne n'est bloqué dans ses apprentissages. Enseignants et enfants apprennent ensemble. Je crois que c'est la meilleure manière de se former.

Justement. Les enfants sont plus à l'aise en informatique que les adultes et de nombreux enseignants déclarent qu'ils se sentent dépassés. N'est-ce pas là un des obstacles à l'utilisation de l'ordinateur en classe?

Oui sans doute. Erwin Bernhard, psychologue et informaticien de l'Université de Zurich dit qu'il est essentiel d'utiliser les nouvelles technologies en classe pour enrichir, approfondir et améliorer les interactions humaines. Ce qui compte, c'est d'apprendre ensemble et d'échanger. Ce n'est donc pas grave si un enfant se débrouille mieux que l'enseignant. Il faut cesser de se percevoir comme unique source de savoir. Lorsque nous pratiquons les classes ouvertes, il arrive souvent que les enfants montrent à leurs parents des manipulations qu'ils ignoraient. J'ai vu un élève de première année initier son père au maniement de la souris. Les parents apprennent aussi l'humilité comme les enseignants.

Votre concept comporte une idée originale qui est celle de l'ouverture à toute personne intéressée. Est-ce que ça fonctionne?

Oui, très bien même. La salle est ouverte à tout le monde après les heures de classe et pendant les vacances. C'est gratuit. Quelque 4500 personnes sont venues depuis mai 1999. Nos buts sont surtout de favoriser par l'usage des nouvelles technologies, les contacts entre les cultures et les générations et aussi de donner un petit coup de pouce aux filles qui parfois manquent de confiance en elles. Nous prenons certaines précautions tout de même en faisant signer une charte d'utilisation : respect du matériel et interdiction de consulter et de diffuser des documents qui portent atteinte à la dignité de la personne. Nos anciens élèves et d'autres encore viennent "tchatcher" sur Caramail, travailler leurs exposés, faire des recherches sur Internet. Il arrive aussi des scènes touchantes, un enfant de 10 ans qui met sa main sur celle d'un homme de 70 ans pour l'aider à guider la souris. Une fillette qui ne sait pas encore lire mais qui, à partir des icônes des supports, montre le chemin à une femme débutante. Celle-ci lui lit à son tour les consignes afin qu'elles progressent ensemble.

Votre petite équipe d'animateurs et d'animatrices donne donc de son temps sans compter. N'est-ce pas un véritable sacerdoce?

Oui, en quelque sorte. Personne n'est payé. Notre groupe compte un ancien élève, une maîtresse d'école enfantine, une personne au chômage et une femme membre de la Commission scolaire. Nous assurons ainsi une permanence.

D'ordinaire les salles d'informatique ne sont guère engageantes. L'électricité statique vous fait dresser les cheveux sur la tête et l'alignement des ordinateurs crée une atmosphère d'école plutôt rébarbative. Ici, rien de tel; dès que l'on pénètre dans la salle, on se sent bien et accueilli. Qu'est-ce qui fait cette différence?

Avant d'installer les ordinateurs, nous avons fait appel à des spécialistes. Tout a été pensé et étudié : la disposition des tables, les couleurs, le mobilier, l'éclairage, le tapis. Les tables respectent l'ergonomie. On peut y travailler à plusieurs sans se tordre le cou pour voir l'écran. Pas de problèmes de hauteur ou de maux de dos. Elles se règlent aisément à la taille des personnes qui en font usage (informations complémentaires).

Vous êtes donc partisan de la formule de la salle d'informatique plutôt que de celle de la salle de classe équipée de quelques ordinateurs?

Oui, car on compte en général un à trois ordinateurs par classe. Le temps de passage des élèves est trop bref. Ces machines servent surtout à faire répéter des notions et sont donc détournées de leur véritable vocation d'apprentissage. Il faudra un peu de temps pour que ces qualités soient vraiment exploitées. Le temps sans doute que des enfants nés dans le monde de l'informatique deviennent des enseignants.

Simone Forster, collaboratrice scientifique à l'IRDP
Article paru dans l'Educateur 8/2001 du 22 juin 2001

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A quoi sert Internet ?

Je trouve qu’Internet est très intéressant pour chercher des informations. Cela m’aide à apprendre des choses et à lire des livres. J’utilise Internet pour écrire des messages à des personnes d’autres pays. J’aime travailler sur Internet, mais il ne faut pas aller n’importe où ! Il y a des règles à respecter, comme ne jamais donner son adresse,etc… Aurore et Lucie

Avec Internet nous pouvons: lire, écrire, envoyer des messages en peu de temps. On joue, on l’utilise beaucoup à l’école, et on peut se faire plein d’amis. Bref, Internet c’est vraiment bien. Gauthier et Valentin

A l’école, nous utilisons beaucoup Internet pour la lecture. Avec ma grand-mère, on envoie des messages et des photos à mon oncle qui habite au Canada. Crystel et Aloys

Internet sert à correspondre avec des personnes dans le monde entier, à faire des recherches pour nos exposés sur les animaux, sur l’énergie, etc... L’année passée, nous avons suivi la naissance d’un éléphanteau depuis le zoo de Zurich et nous avons suivi aussi toute l’histoire de Tito le lynx. Il y a deux ans, nous avons visité la grotte de Lascaux et la grotte Chauvet depuis notre salle d’informatique. Xhevdet, Drilon, Laurane, Gaëtan

Pour nous, Internet c’est utile pour apprendre. On peut trouver des informations sur tout ce qu’on veut. On peut aussi faire des jeux et envoyer des messages. Jennifer et Samantha

A la maison, Internet c’est cool parce que l’on peut s’amuser en dehors de l’école, à lire des histoires et se trouver des amis pour parler.
A l’école, Internet sert à s’amuser, à trouver des amis, à trouver des informations, lire des histoires, écrire des lettres et à suivre l’histoire de Tito le lynx. Margaux et Florian

Ecole :
Internet sert à faire les devoirs, de la grammaire, de l’histoire, de la conjugaison, des maths, des jeux, de la lecture, à faire des exposés sur les animaux, à communiquer avec tout le monde qui a aussi Internet, etc… On peut faire des photos que l’on peut envoyer dans d’autres pays et connaître d’autres personnes. On peut envoyer des messages et aussi des cartes postales.

Maison :
Je ne peux pas vous expliquer parce que je n’ai pas Internet à la maison, mais je peux quand même venir à la salle Multimédia après l’école.
Saranda et Laurence

Internet c’est bien car ça sert à se documenter, à lire, à envoyer des messages, à rencontrer d’autres personnes et à s’amuser. A l’école, Internet sert à trouver des informations pour les exposés, à faire des maths, du français, de l’orthographe et à faire de l’Allemand. 
Sophie et Maëlle

On apprend plus de choses, on peut faire des exposés et finir nos devoirs. Par Internet, on peut envoyer des cartes électroniques à d’autres personnes plutôt que de les envoyer par la poste.
On peut venir après l’école pour s’amuser avec des jeux que l’on n’a pas à la maison et faire des calculs.
Stevan et Jonas  

Classe de 4ème-5ème années, école primaire de Coffrane

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